Vous êtes ici : Accueil > Humeurs et actus > Euthanasie : le tabou de la honte ?

Euthanasie : le tabou de la honte ?

— Carte blanche —
En ce jour pluvieux qui signe pourtant l’entrée dans l’été 2021, c’est le cœur bien lourd que j’ai pris une décision qui impacte la page la plus emblématique de ce site : le répertoire des refuges et associations de protection féline. Au fond, je pressentais que je devrais la prendre tôt ou tard… et ce jour est arrivé. Le répertoire n’affichera dorénavant plus l’info concernant la politique d’euthanasie des refuges. Cet article explique pourquoi.

L’impossible transparence

Il se dit qu’en Belgique, un tiers des chats entrant en refuge sont euthanasiés. Certaines personnes avancent même des chiffres plus élevés. Bien entendu, une partie des chats issus de l’errance ou de saisies arrivent dans un état de grande souffrance incurable. Les « endormir » pour toujours est alors un ultime geste d’humanité. Mais certains refuges ont également recours à l’euthanasie dite « de convenance » pour faire de la place. Ça existe depuis toujours mais cela a de moins en moins bonne presse. A tel point que plus aucun refuge ou presque n’accepte à présent d’admettre que cette pratique a lieu chez lui.

Je suis lasse de cette omerta… J’estime que le public et les donateurs devraient avoir accès à plus de transparence et qu’une personne qui souhaite déposer un animal dans un refuge est en droit de savoir quel sort risque de lui être réservé en fonction du refuge qu’elle choisit.

C’est la raison pour laquelle mon répertoire reprenait cette information. Mais cette mission est devenue impossible sans accepter de participer à l’imposture…

Ces derniers temps, plusieurs structures m’ont contactée, exigeant la modification des informations relatives à leur pratique d’euthanasie reprises dans mon répertoire. Pour l’un des acteurs historiques, cela s’est accompagné de menaces de procédure judiciaire face à mon scepticisme. Je n’ai ni l’envie ni les moyens de me battre contre des entreprises bardées d’avocats et de millions. Qu’ai-je d’ailleurs à y gagner, à part des cheveux blancs ?

Je prends cette décision avec un infini regret, mais il appartiendra désormais à chacun de se renseigner comme il le peut sur les pratiques du refuge qui l’intéresse, comme je l’avais fait pour les 105 refuges et associations repris dans mon listing.

Les véritables responsables ne sont pas les refuges

D’une certaine manière, je comprends la position de silence de ces refuges. Il suffit de lire les messages haineux déversés sur les réseaux sociaux à leur encontre pour comprendre — à défaut d’admettre — la raison du voile jeté sur la pratique.

Et le pire, c’est que les personnes fustigeant ces refuges sont souvent les mêmes qui râlent lorsqu’un refuge ne pratiquant pas l’euthanasie refuse la prise en charge d’un malheureux, faute de place. Dans la vie, on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre : il faut choisir !

Jamais je ne jugerai ces refuges qui pratiquent l’euthanasie de convenance parce qu’ils n’ont pas d’autre choix (lire plus bas : « le modèle français »).

Les véritables responsables de ce gâchis, ce sont toutes ces personnes qui participent à la surpopulation féline en refusant de stériliser leur chat pour un tas de mauvaises raisons. Celles qui laissent naître des chatons qui, distribués avec soulagement au premier qui en voudra, font grossir les rangs de ceux qui seront abandonnés ou de ceux qui, en refuge, ne trouvent pas d’adoptants. C’est froidement mathématique car il y a plus de chats que d’adoptants potentiels.

Alors oui… l’euthanasie en refuge est indéniablement devenue un tabou. Mais la honte ne revient pas nécessairement à ceux que l’on croit. C’est trop facile !

Davantage de clarté dans le modèle français

Si la situation en Belgique est encore loin d’être idyllique, il faut cependant reconnaître que notre pays est bien plus avancé en matière de bien-être animal que notre voisin français. Néanmoins, le modèle français basé sur un tandem fourrières/refuges offre plus de clarté quant au sort des animaux.

En France

En France [1], tout animal trouvé divaguant sur la voie publique ou saisi sur décision judiciaire est amené en fourrière. Contrairement aux refuges, la fourrière n’a pas le choix : elle est obligée d’accepter l’animal et est d’ailleurs rémunérée par la municipalité pour cela.

La fourrière doit obligatoirement passer par un refuge ou une association de protection animale pour faire adopter un animal errant, elle ne peut pas le faire elle-même.

Aussi, à l’issue d’un délai fixé légalement, si l’animal non-identifié n’est pas réclamé par son propriétaire, il sera transféré dans un refuge ou une association si l’un d’entre eux a la possibilité de le prendre en charge (il n’est pas obligé). Si aucune place en refuge n’est trouvée et que la place manque dans la fourrière, il sera euthanasié. C’est cruel, c’est injuste, mais au moins c’est clair et assumé. Ce qui ne signifie pas que c’est fait de bon cœur.

En Belgique

En Belgique, cette dichotomie fourrières/refuges n’existe pas. Certaines refuges font également office de « fourrière » par convention avec les communes [2]. Contrairement aux petites associations, ils sont donc tenus d’accepter les animaux errants, abandonnés, perdus ou saisis qui leurs sont amenés. Impossible pour eux d’afficher « Nous stoppons les admissions » sur leur page Facebook.

Or à un moment donné, il faut aussi comprendre qu’ils ne peuvent pas repousser les murs indéfiniment pour en mettre toujours plus. Quelle solution ont-ils lorsqu’il n’y a plus de place ?

Le véritable scandale est que la surpopulation féline soit aujourd’hui hors de contrôle, en raison de l’irresponsabilité des gens. Les chats ne tombent pas du ciel : les errants ont forcément été un jour abandonnés, ou sont la descendance de ceux qui l’ont été.

La conséquence, on la connaît. Aussi révoltante puisse-t-elle paraître…


[2Ils reçoivent pour cela une rétribution financière (généralement forfaitaire et proportionnelle au nombre d’habitants de la commune).